
Trois touristes en tout et pour tout !
Mise en ligne par patricelugan33
En route pour Persépolis !
Depuis Shiraz, excursion pour une journée à thème « ruines ». Le chauffeur de taxi est vraiment sympa: il a une analyse très intéressante du régime et nous offre le petit dej en arrivant à Pasargades. Pain frais, fromage frais, tout seuls assis sur un tapis au milieu d'un grand parking vide.
De Pasargades, cité achéménide de Cyrus le grand, il ne reste pas grand chose debout, mais l'étendue des lieux et les dimensions colossales des vestiges laissent imaginer ce que devait être cette capitale antique (env 550 av JC).
Puis Naqsh-e Rostam: 4 tombeaux creusés dans la roche, d'époque achéménide et sassanide. Grandiose aussi, ça ressemble un peu à un décors de cinéma (style Indiana Jones = Petra en Jordanie). Culturellement très intéressant, surtout le petit verre de Shiraz, fait maison, qu'on nous propose en sortant du site ! Le vin est jeune mais apparemment il ne lui laisse pas le temps de vieillir. Ce sera le seul verre alcoolisé qu'on aura en 3 semaines (!).
Naqsh-e Rajab, bas reliefs graffités. Mais mêmes les graffitis semblent archéologiques.
Puis le clou du spectacle: Persépolis. Le site est monumental. Il remonte à Darius 1er (roi achéménide, env 500 av. JC). Les vestiges sont mieux conservés qu'à Pasargades, et la ville est constituée de palais, portes, escaliers. Ca doit être le site archéologique le plus visité en Iran, mais vu qu'en ce moment c'est la saison creuse, même les touristes Iraniens se font rares.
Le lendemain après une matinée laborieuse (2h pour trouver à manger, c'est l'inconvénient des activités sectorisées en quartiers, quand on est pas dans le quartier du petit déjeuner, on galère) on quitte Shiraz en bus. Des routes de montagnes avec tempête de neige, un arrêt prière dans une station service-mosquée prévue à cet effet, et nous voilà droppés sur un rond point à Yazd.
Descente au Silk Road hôtel. C'est l'hôtel le plus sympa qu'on fera en Iran, c'est aussi un lieu prisé des voyageurs étrangers, agréable, pas cher avec accueil très chaleureux d'Ali, le gérant. On fait pas mal de rencontres, on parle cépages viticoles, gastronomie et laïcité. Le centre de Yazd est constitué d'un dédale de ruelles. L'habitat traditionnel est très bien conservé: murs en brique et torchis, toits voûtés et des « tours du vent », des systèmes de clim par circulation d'air. Balade, visites, inauguration d'un livre d'or à l'office de tourisme, on cherche désespérément un hammam et on se retrouve systématiquement dans un resto.
L'absence de hammam nous a étonné, nous n'en avons trouvé aucun en service. Officiellement c'est parce que « aujourd'hui tout le monde a des douches chez soi et que ce n'est plus rentable économiquement ». La vrai raison semble être que tous les endroits relativement intimistes où les gens pouvaient se retrouver tranquilles pour parler (du régime par exemple) ne sont plus au goût des Mollah. A Yazd d'ailleurs même les Chaïkhaneh, les salons de thé où l'on fume le Qualian (Narguilé), sont interdites.
C’est le moment d’ouvrir une parenthèse Q. Afin de faciliter nos échanges, nous nous sommes bien évidemment aventurés à apprendre quelques mots de persan. Force est de constater que cela nous a réellement servi et même ouvert quelques portes. Le Q est un réel problème en Iran, surtout pour les touristes étrangers que nous sommes. Il est tout bonnement imprononçable !
Yazd abrite la plus grande communauté zoroastrienne du pays. Le zoroastrianisme était la principale religion persane pré islamique. C’était par exemple la religion de Cyrus le Grand et des Achéménides. Nous visitons un temple où le feu sacré brûle depuis 1500 ans sans discontinuité, sous l'oeil averti d'Ahura Mazda (leur principal Dieu). Nous visitons également les tours du silence, sortes de grands cratères au sommet de montagnes où étaient déposés les morts. La terre et le feu étant sacrés pour la croyance zoroastrienne, les morts n'étaient ni enterrés ni incinérés mais exposés aux vautours (après une cérémonie funéraire, bien sûr). Il y a plusieurs divinités dans la religion zoroastrienne + des croyances attachées au feu et à la terre, nous ça nous paraît un peu bizarre que ça puisse exister sous un régime islamique dur qui ne tolère que les religions du Livre. Mais apparemment les zoroastriens ont réussi à faire gober, il y a bien longtemps, qu'ils pratiquaient une religion du Livre. Soit. Tant mieux pour eux. On croise d'ailleurs un mollah lors de la visite du temple du feu sacré, c'est peut-être un audit ?
Nous passons ensuite 3 jours sur Esfahan, ville qui a la réputation d'être « la moitié du monde », grâce à Shah Abbas le Grand, qui l'aménagea au 17ème siècle, avec des jardins, des palais. Effectivement on en prend plein les yeux, surtout au niveau des mosquées qui sont bien énormes. Les mosquées sont des véritables lieux de vies et contrairement à ce qu'on pourrait penser, les touristes y sont admis sans problème (sauf dans certaines villes saintes). A l'intérieur les gens sont peinards, causent, prient un peu, parfois révisent leurs cours, etc.
Les premiers jours en Iran, on hésite à aller dans les salles de prières, et puis le plus souvent ce sont les iraniens qui nous invitent à y entrer. C'est calme et surtout agréable de sortir de ses chaussures pour marcher sur des tapis doux, sauf bien sûr pour ceux qui ont la flemme d'enlever leur pompes 4 fois par jour (n'est-ce pas Flo...?)
Sur la place de l'Imam, grande place rectangulaire centrale (très cholie), incontournable, les gens sont habitués à voir des touristes, et pas mal de bonnes âmes sont prêtes à nous offrir du thé:- Salam, were are you from ?- From France- Welcome to Esfahan, do you wan't to have a the ?- We won't buy a carpet- Hé hé... goodbye…
Mais d'autres rencontres sont plus incongrues: nous sympathisons ainsi avec 2 étudiants germanophones. Ils n’ont jamais mis les pieds en Allemagne (pas de leur faute, en Iran les hommes n'ont pas le droit de sortir du pays tant qu'ils n'ont pas fait 2 ans de service militaire) mais parlent couramment ! Puis on se retrouve dans une chaïkhaneh à fumer le qualian (autorisé ici) en traduisant des proverbes allemand en français… surréaliste. On aura d'ailleurs notre revanche...
Après deux jours intensifs de mosquées, nous pénétrons dans une église arménienne, située dans le quartier de Jolfa au sud d'Esfahan. On se sent comme à la maison, un peu moins athée peut être (?).Le soir en se baladant dans Jolfa, alors qu'on cherche un resto (les arméniens pilotent le marché noir des alcools), on se met à discuter avec des étudiants dans la rue. Au bout de 10 min, 4 gars à moto nous disent de dégager. C'est la police islamique et les regroupements sont interdits, surtout dans le quartier arménien... piqure de rappel juste pour ne pas oublier qu'on est dans une dictature.
Si la pression du régime est forte, on est assez souvent témoins de révoltes individuelles contre les manque de liberté. Entre les filles dont le voile a tendance à tomber le soir (scandaleux), les gars (avec qui on discute) et qui nous expliquent que les mollah ont juste mis en place une vaste fumisterie pour contrôler le peuple, on assiste aussi parfois littéralement à des pétages de plomb, comme ce mec qui se met subitement à hurler sur un flic, sur un pont d'Esfahan, le traiter de ????, incalmable...
Mais ce qui est aussi certain, et avoué sur le bout de lèvres par les iraniens des classes aisées (qui parlent anglais et avec qui on peut avoir de vraies discussions), c'est que la révolution islamique a établi une distribution des richesses vers les classes pauvres. Sous le régime du Shah, il semblerait que les richesses se partageaient entre une élite et que la grande majorité n'avait pas toujours de quoi vivre…
Pays de contraste.
Recit de la troisieme semaine dans le prochain message.
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