
Pour l echelle
Mise en ligne par patricelugan33
Salut à tous,
Comme le veut (l’exige ?) la tradition, je prends ma plus belle plume pour vous conter les péripéties africaines de vos humbles serviteurs.... Pour rebondir sur le dernier post de Flo, je tiens à rassurer ma famille et mes amis que, même si le globe-trotter m’a qualifié de togolais blanc, je ne suis pas encore devenu (mais pour combien de temps encore ?) un de ceux qui prennent un accent « façon » lorsqu’ils posent le pied en Afrique... Dieu m’en garde !
Avant de rentrer dans le vif du sujet, permettez- moi de vous donner quelques définitions qui, au cours du récit, permettront de mieux appréhender l’atmosphère du voyage...
Tchoukoutou (ou Tchakpalo) : bière de mil fermenté, boisson traditionnelle au Nord du Togo qui, si on n’y prend pas garde, peut jouer des tours...
Calebasse : récipient (unité de mesure) pour boire le Tchoukoutou (voir ci-dessus)
Fufu : pâte d’igname, le genre de plat qui te cale comme il faut
Yovo : le « blanc » en mina (une des nombreuses langues du Togo)
Taxi-brousse : moyen de transport le plus répandu ici dont la capacité varie de 7 à 20 places (plus ?)
Horaire, ponctualité : notion particulièrement abstraite n’ayant aucune utilité dans le cas présent....
En route pour 10 jours de road-trip pour traverser le Togo et monter jusqu’au Burkina avec comme seules consignes d’utiliser le plus grand nombre de moyens de transport en commun différent, d’apprécier la simplicité et de l’accueil des gens et de profiter de la beauté des paysages... si ça c’est pas un bon programme moi j’y comprends plus rien !
Lever au aurore pour se rendre à la station d’où partent les taxis-brousse pour le Nord... ici c’est simple, plus tu arrives tôt, plus tu as de chance de choper une voiture qui va se remplir rapidement et partir... la notion de remplissage étant purement subjective, tu croises les doigts à chaque fois pour que le chauffeur soit assez raisonnable et te laisse une bande de 40 centimètres pour poser tes petites fesses et que tu te retrouves pas à côté d’une mama aux formes plus que généreuses avec 2 ou 3 enfants sur les genoux...
Pour la première étape, on décide d’aller à Badou pour voir la plus grande cascade du Togo : la cascade d’Aklowa...
Pour simplifier, au Togo y a une route principale qui traverse le pays du Nord au Sud, tant que tu veux aller sur cet axe, tout va bien, mais dès que tu veux t’écarter un peu, faut s’attendre à attendre...
Badou donc, à 200 kms au Nord de Lomé puis à 80 bornes à l’ouest de la route principale, est un bon test pour mesurer notre endurance et notre patience... et là on s’en sort avec les honneurs, 6 heures de porte-à-porte avec à peine une heure et demie d’attente entre 2 taxis-brousse... une telle réussite mérite bien un bon fufu et quelques rafraîchissements avant d’attaquer la ballade !
Comme souvent au Togo, le site d’Aklowa est entretenu par une association de jeunes du village : ils aménagent et entretiennent les sentiers de ballades et proposent les services de guide... Jules nous trace le chemin dans la végétation luxuriante au milieu des plantations de café, cacao, avocats, palmiers etc... après une petite heure de marche, on arrive à la cascade... alors c sûr c’est pas Iguazu mais ça fait quand même bien plaisir, 35 mètres de chute d’eau et au pied un bassin naturel où l’on s’est fait un plaisir de se jeter avec les gosses du village qui faisaient des compètes de plongeons (ou plutôt de plats). De retour au village, il est temps de faire goûter à Flo les délices d’une petite calebasse de tchouk !
Dans tous les villages togolais, il y a un endroit qu’on appelle cabaret où les gens viennent se retrouver pour partager, discuter, bref prendre du bon temps... le rituel est immuable, on s’assoit sur les bancs, au milieu de la pièce il y a une maman avec sa bassine de tchouk qui sert les calebasses... avant de boire on verse un peu du précieux liquide par terre pour les ancêtres... les cabarets sont ouverts à tous, hommes, femmes, jeunes et moins jeunes...
Le lendemain, on se retrouve à 6 heures du mat à la station pour faire, ce qui sera la plus longue journée de transit du périple avec comme récompense la nuit sur une Tata... Quand j’ai présenté ça à Flo, il me dit « dormir sur une Tata, je vois pas trop de quoi tu parles... » avec un petit sourir en coin. J’y reviendrai plus tard car la route nous appelle... avec les 80 bornes à se taper pour rattraper la route principale puis 300 kms plein Nord avant de finir par 20 bornes de piste à l’Est, le programme est bien chargé, les Tatas attendront un peu...
Premiers doutes, 6 heures du mat à la station de Badou, pas une âme qui vive, pas un coq ou une chèvre à l’horizon... la journée commence mal... après 10 minutes de flottement, un gars vient nous voir : « Yovo, vous faites quoi ? » nous : « on attend une occase... » lui sourire aux lèvres : « vous êtes pas à la bonne station, les taxis sont plus hauts » soulagement... là on se retrouve dans un taxi brousse où à peu près tout ce qui est inutile pour rouler a été enlevé... en gros on est dans une carcasse métallique avec des sièges, un volant et une boîte de vitesse, rien de plus, mais c’est déjà beaucoup, avec une vitesse de pointe sur les routes sinueuses de presque 40 km/h... et là c’est à partir de ce moment que j’ai commencé à en vouloir à Flo...
Pour ceux qui n’ont jamais voyagé avec lui, il faut que vous sachiez que cet homme a une capacité à s’endormir dans les transports en commun bien au-dessus de la moyenne, ce qui fait que même quand on est entassé dans un taxi plié en quatre, il trouve toujours le moyen de piquer un petit somme de récupération... et là c’est un peu énervant quand vous essayez de dormir que vous n’y arrivez pas et que vous lui jetez un coup d’oeil et qu’il pionce comme un bébé...
Après un changement de taxi, là c’est bon on a choppé les places de devant que du bonheur, on arrive à Kara vers 15 h... Kara était le fief de l’ancien président-dictateur du Togo, ce qui fait que la ville, même si elle ne compte que 35 000 habitants (3ème ville du Togo) est assez développée en termes d’infrastructures (routes, palais des congrès !, banques...) mais sans grand charme... un dernier coup de taxi pour la forme et nous voilà arrivée aux portes de Pays Tamerlan et ses fameuses Tatas....
Une Tata est en fait l’habitation typique des villageois : ce sont des maisons en banco qui ont des allures de petites forteresses où les tours sont aménagées en greniers pour stocker les récoltes deharicots, d’arachides, de maïs ou de mil ; le rez-de-chaussée sert à garder les animaux (poules, pintades, cochons...) la nuit et le reste sert d’habitation.
Solange, une amie de Lomé m’avait donné les indications pour arriver jusqu’à chez sa tante qui habite dans une Tata pour passer la nuit (d’où l’expression dormir sur une Tata). Au pays Tamberma, il n’y a ni eau, ni électricité et les Tatas sont éparpillées ça et là et regroupé en lieux dits, donc à partir de la route principale, il vaut mieux tomber sur un taxi moto qui connaît le coin pour arriver à destination.
Sur le bord du goudron, on choppe 2 taxis-motos (les fameux zémidjan)... le mec m’assure qu’il connaît l’endroit, ok il va bientôt faire nuit, pas de temps à perdre, il nous reste quelques bornes de piste. Moi j’étais déjà venu y a un an, j’avais un vague souvenir pour me repérer donc l’esprit serein, après 11 heures de taxis-brousse tape-cul, je me dis qu’on touche au but... et là patatra, tout fout le camp, le taxi man me dit : « c’est là ! » je lui fait : « je suis pas sûr... » je lui répète le nom du lieu-dit et là il me dit : « ah j’avais pas compris mais c’est bon je sais où c’est ! » en route la nuit tombe et on prends des pistes qui ressemblent de moins en moins à des pistes, le doute s’installe... au bout de 10 minutes, le chauffeur me dit : « en fait je sais pas où c’est » là le taxi-man qui tracte Flo commence à craquer et à engueuler son collègue « tu roules tu roules, tu sais pas où tu vas mais tu roules , imbécile» on se détend, on reprends la route, on tombe sur un groupe d’enfants pour demander la route, manque de bol, ils ne parlent pas la même langue que les taxi-men (le Togo a beau être le plus petit d’Afrique de l’Ouest, il n’empêche qu’on y parle 6-7 langues vernaculaires différentes)... on reprend la route pour finalement arrivée à bon port... il est 19 heures, il fait nuit noire mais heureusement Maman Joséphine et ses enfants nous accueillent avec une bonne pintade et un bon fufu que nous savourons à la lumière d’une bougie avec une brique de sangria... pas un bruit aux alentours, aucune pollution lumineuse, le ciel étoilée pour nous endormir, un pur bonheur !
Le mercredi, c’est jour de marché à Nadoba, le chef lieu du pays Tamberma... On part sac au dos pour rejoindre à pied le village en suivant les enfants de Joséphine qui sont chargés d’acheter les condiments... Une petite trotte de 2 heures à travers les Tatas nous permet de profiter pleinement du cadre et des différents styles de petites forteresses. Des colonnes de gens sortent d’un peu partout (et surtout de nulle part) pour se rendre au village : le marché a lieu une fois par semaine, c’est donc un moment important de la région !
Arrivée à Nadoba, nous rencontrons la mère de Solange qui est revendeuse de Tchouk au marché ! Le marché est le point de rencontre multiculturel entre les revendeurs nigériens, béninois et togolais... On trouve tout ce qui est imaginable entre les gadgets chinois, les vêtements, la quincaillerie, les animaux, les fruits et légumes... Bref ça s’active dans tous les sens entre les allers des mini-bus, des taxis... On rigole avec un des 2 chauffeurs de taxi-moto avec qui on n’a un peu galéré la veille au soir et après s’être bien baladé, on se retrouve au stand de la mère de Solange. Le spot idéal, à l’ombre d’un grand manguier avec des troncs d’arbres qui servent de bancs et une grande bassine de Tchouk... On décide de se poser là et d’attendre qu’un taxi-brousse se remplisse pour rejoindre la route principale... Je vous cache que l’attente est bien plus agréable dans ces conditions qu’au petit matin encore pas bien réveillé...
Au stand, on croise les vendeuses et les acheteuses qui viennent faire une pause, on discute aussi avec le vétérinaire du marché : c’est un fonctionnaire du Ministère de la Santé qui est chargé de vérifier que les bêtes qui sont tuées et vendues sur place sont en bonne santé et ne présentent pas de risque à la consommation. Le mec est jeune très sympa, un peu dépité parce qu’il vient de Lomé et qu’il se retrouve en poste au fin fond de nulle part...
A la fin de la septième calebasse, le chauffeur de taxi nous fait (enfin) signe : la taxi est prêt à partir ! Il est tant pour nous de quitter nos collègues de cabaret et de reprendre la route... On est sept dans le taxi avec deux gars sur le toit, tout va bien ! Après une demi-heure de route, on se retrouve sur la route principale en plein caniar en attendant l’occasion pour monter à Mango qui n’est qu’à 80 kms au Nord (je vous rassure y a quand même une petite buvette ombragée pour nous faire passer le temps). Le Tchouk aidant, la confiance est au rendez-vous et on se dit que pour une fois, on va pas arriver trop tard à destination... Après 1 heure d’attente à voir défiler les taxis brousse qui allaient vers le Sud, on quitte la buvette pour prendre le problème à bras le corps et on se pose à la station d’essence... Toujours rien... jusqu’à ce qu’un camion burkinabais de marchandise s’arrête pour faire le plein... Les gars nous proposent de nous prendre en stop, ni une ni deux on grimpe dans la cabine et on se retrouve à sept dans la cabine. Les gars font la navette entre Bobo Diolasso au Burkina et Lomé. Pour la petite histoire, le port de Lomé est un des seuls ports en eau profonde de la sous-région donc il y arrive des tas de marchandises du 4 coins du monde qui sont ensuite transportées vers le Burkina, Mali, Niger... Nos nouveaux amis partent du Burkina avec leur bus rempli d’acheteurs, une fois arrivé à Lomé, les sièges du bus sont démontés, mis sur le toit et le bus est rempli (aussi dedans qu’au dessus)... Les acheteurs reprennent une autre compagnie de bus pour rentrer au Burkina et eux, les forçats de la route, ramènent la cam. Ils se relaient 24 h sur 24 à la conduite...
Alors là, je vous laisse vous imaginer : entasser à sept dans la cabine avec un petit Burning Spears en fond sonore avec une vitesse max de 35 kms/h... tiens c’est marrant, Flo pionce, comme c’est étrange... toutes les 30 minutes, nous nous arrêtons au bord de la route pour faire refroidir le moteur 10 minutes pour on repart. Bilan, nous avalons les 80 kms en un temps record de 3 h 32 min et 12 secondes, une fois n’est pas coutume, la nuit tombe rapidement, l’atmosphère est lourde, ça sent l’orage ! Et ça ne manque pas, le soir on se tape un bon gros orage façon « début de saison des pluies », on se réfugie dans une petite épicerie où le gérant se mate France-Lituanie...
Nico
PS : la suite pour un peu plus tard, le temps que Nico aiguise sa plume !
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire