dimanche 2 août 2009

Alhamdoulilah !!! Iran suite et fin...


Kashan
Mise en ligne par patricelugan33

Ca y est Gildas a rempli son contrat de pigiste avec presque 6 mois de décalage, bravo pour l'effort ! Mais à l'arrivée ça fait un message qui colle, avec un tout petit peu de décalage, avec les derniers événements qui se sont passés en Iran.... Je vous laisse pour ça lire le papier de Gildas !


Avant de rallier Téhéran, nous choisissons de faire étape à Kashan, ville moyenne située à mi route entre Esfahan et Téhéran.
Le trajet s’avère très intéressant. Comme lors de chaque voyage, un film iranien est proposé dans le car. Ne considérez pas cette anecdote comme une opinion généralisée sur l’ensemble du cinéma iranien car, il vaut vraiment le détour. Mais en l’occurrence, on nous propose un scénario relatant une sombre affaire de jalousie entre un prof de maths et un prof de karaté… alors forcément le prof de maths finit à l’hôpital. Le film se conclue par une morale contre la violence à 2 rials iraniens, les jeunes assis aux rangs juste derrière nous pouffent de rire depuis que nous avons quitté la gare routière. Est-ce à cause du film ? Nous ne le saurons pas.

Ces jeunes compagnons de route finissent par nous adresser la parole. Ils sont étudiants en architecture. Tout va très vite, nous échangeons des numéros de téléphones et nous donnons rendez-vous le lendemain pour une visite de l’université de Kashan.

Pour notre première journée dans la ville nous partons à sa découverte en commençant par nous perdre dans le bazar. Normal.
Nous accédons au toit du bazar, duquel nous profitons d’une vue sympa : des dômes de torchis accompagnés de tours d’aération typique des villes de désert que nous avons traversées jusque là, des minarets et coupoles de mosquées avec à l’horizon des montagnes couvertes de neiges éternelles probablement à plus de 4000m comme souvent. Nous visitons des villas traditionnelles d’époque Qajar (19ème siècle). Fort beau.

L’heure du rendez-vous avec nos camarades de l’université sonne. La visite de l’université s’avère impossible, période d’exam oblige. Le gardien ne cèdera pas.
Nous partons donc avec 3 garçons visiter l’un des plus beaux jardins d’Iran (Fin Garden pour faire simple). Une fois dans le jardin nous sommes rejoints par une horde de jeunes filles. Nous voici donc accompagnés de la classe de première année d’architecture au quasi complet. Celle-ci compte 2 ou 3 garçons. Au beau milieu de l’Iran, c’est surréaliste ! Nous prenons des photos au bord des fontaines du parc. Le plaisir est écourté par la fermeture du jardin. Visiblement eux comme nous, personne ne souhaite s’en arrêter là. Nous prenons donc tous ensemble le thé, nous goûtons ce que nous avons finalement identifié comme étant des betteraves et bavardons librement. Chacun donne son prénom, un garçon chante une chanson traditionnelle iranienne. Embarrassés et sous la pressions nous nous décidons à chanter à notre tour une chanson en français : « les corons » de Pierre Bachelet…. rien d’autre sous la main

On profite également de les avoir sous la main pour leur faire écrire « France » en persan au bas de nos 30 cartes postales environ. Nous n’avons pas le niveau de persan pour le faire nous même et puis après tout, on nous a bien fait traduire des proverbes à Shiraz …

L’heure tourne et l’un des rares garçons semble expliquer aux filles qu’il est l’heure pour elles de rentrer à leur résidence avant l’heure limite. De toute évidence, elles s’en moquent, le chambrent et restent. Nous finissons par nous retrouver attablés dans une sorte de restaurant qui appartient au père de l’une des filles qui nous accompagnent. Nous sommes 14 à table, tout le monde commande une bière sans alcool et nous trinquons. Tradition occidentale, qui visiblement s’exporte bien !
Nous quittons nos nouveaux amis pour rejoindre notre hôtel. Nous aurions bien évidemment modifié tous nos projets pour passer plus de temps avec eux tellement l’opportunité de cette rencontre était enrichissante et improbable dans ce pays. Nous constatons une fois de plus que ces jeunes sont comme nous. Ils aspirent simplement à étudier, rigoler, voyager, etc. C’est d’un coté rassurant de voir que malgré le poids de la dictature certains iraniens grandissent en développant les mêmes envies que les jeunes de pays libres en faisant preuve d’un sens critique vis-à-vis de la religion et du régime. D’un autre coté nous savons pertinemment que derrière les apparences, un profond malaise existe car toute distraction doit être calculée pour échapper à la vigilance des Autorités. L’idée de voyager comme nous le faisons sera impossible pour la très large majorité d’entre eux car il est très difficile pour un iranien de quitter l’Iran. Comme nous le disions plus tôt, c’est même impossible pour les hommes n’ayant pas fait leur service militaire.

Le jour suivant nous partons à la découverte du petit village d'Abyâneh situé dans la montagne. Sur la route nous passons devant le site d'enrichissement d'uranium d'Iran protégé par des dizaines de batteries anti-aérienne... Nous arrivons dans ce village tout en pierres rouges accroché à la montagne comme posé sur une étagère. Basse saison oblige, le village est désert ou presque. Nous ne croisons lors de notre visite que des femmes âgées, dont une toute berchue qui nous a vendu des prunes séchées (et véreuses). Nous découvrons dans la cour d'un mausolée des pieds de vignes vieux comme le monde. Ils n'ont pas dû connaître le phylloxera dans ce pays.

De retour à Kashan, nous plions bagages pour rejoindre Téhéran. Nous avions envisagé de nous arrêter à Qom, l’une des villes les plus traditionnalistes du monde shiite. C’est là que l’Ayatollah Khomeiny a étudié le Coran. Nous ne pouvons malheureusement pas tout voir et nous devons choisir. Nous partons directement pour Téhéran où nous aurons donc un peu plus de temps. Quelques centaines de kilomètres plus loin nous arrivons à la gare routière de Téhéran. Alors que Florent met les pieds dans la capitale pour la première fois, Léo et Gildas reviennent en terre connue. En connaisseurs, donc, nous prenons le métro direction Imam Khomeiny Square afin de nous rendre à l’auberge Amol Mazandaran où nous étions deux semaines plus tôt.

Nous aurons la chance, par le biais d’une connaissance en France, de dîner avec un couple d’expatriés français. Nous apprenons beaucoup de choses sur leurs visions du pays et notamment de l’industrie iranienne. La différence des points de vue entre des touristes comme nous et de jeunes expatriés est intéressante. Deux visions, deux points de vue, mais dans les deux cas pas forcément faux.

En réalité, nous avons une idée en tête, aller faire du ski dans les stations iraniennes. La première matinée à Téhéran consiste donc à chercher un plan pour rejoindre les pistes. Au choix : Tochal, la plus proche, Dizin la plus grande et plus connue, Sham Chak, la plus technique et la plus branchée.
On entend dire qu’un hôtel non loin du nôtre organise des sorties. Nous y allons donc. En parcourant le livre d’or de cet hôtel, nous lisons le témoignage d’un touriste occidental faisant l’éloge d’un certain monsieur X, laissant numéro de portable, tarifs et commentaires pratiques. Nous le contactons aussitôt. Nous prenons rendez-vous le soir avec lui pour se faire expliquer toutes les modalités avant de nous engager.

En attendant le soir, nous visitons le musée national de Téhéran - il s’agit en fait d’un musée archéologique, une partie du musée n’est plus accessible au public – puis nous gagnons les quartiers nord de la ville, quartiers où vivent les classes moyennes et aisées de Téhéran. Dans un parc un gars fait semblant de s’arracher une dent juste devant nous pour une caméra cachée. Si un jour, vous prenez un vol Iranair, soyez vigilants, vous nous verrez peut-être sur les écrans qui vous détendent avant le décollage.

Le soir nous retrouvons dans un magasin de sport notre GO. On n’avait jamais vu quelqu’un d’aussi speed. On se met d’accord, pour un départ le lendemain matin à 5h30 direction Dizin en minibus avec d’autres skieurs.
Le matin venu, nous nous retrouvons dans une situation complètement surréaliste. Il fait nuit, nous sommes les premiers dans le minibus, et faisons la collecte de jeunes Téhéranis habillés en skieurs au beau milieu de la capitale. Une fois complet, le minibus attaque les routes de montagne, musique techno iranienne à fond. Une partie des voyageurs descend à Sham-Chak, mais nous poursuivons jusqu’à Dizin. Nous voulons aller dans la station la plus haute, car nous espérons secrètement pouvoir voir, si le temps le permet, le Mont Damavand, point culminant d’Iran à plus de 5600 m.
Location de ski de masques, de gants et c’est parti pour une petite journée de ski entre 2500 et 3500 mètres d’altitude. La population est aisée, chacun possède le matériel dernier cri des marques les plus connues. En bas de la station, des télécabines permettent d’accéder au milieu des pistes. La queue est réglementée. Un soldat de l’armée islamique régule l’alternance entre la queue pour les hommes et la queue pour les femmes. Il n’est bien évidemment pas question de monter dans une cabine avec des femmes, mais il n’est pas non plus possible de faire la queue avec les femmes. Incroyable !

Dans les cabines, les règles de sécurités sont affichées :
En 2, on lit : « En cas d’arrêt des télécabine, ne pas essayer d’ouvrir les portes. »
En 1, on lit : « Respecter le code vestimentaire islamique. »
Sans commentaire.
Une fois en haut, d’autres télécabines nous permettent l’accès au sommet de la station. Et là, surprise, il n’y a qu’une seule queue mixte, et pas de soldat en vue. Etonnant, non ? Comme si l’armée islamique n’avait pas pris connaissance du plan des pistes, alors qu’il est distribué gratuitement aux caisses.
Sur les pistes, les skieurs iraniens ressemblent en tous points à des skieurs occidentaux. Les femmes portent un bonnet ou une capuche pour couvrir leurs cheveux. Nous en avons vu une retirer sa capuche. C’est finalement l’endroit le plus libre que nous verrons en Iran. Pouvoir profiter d’une journée de ski est certes une opportunité agréable pendant des vacances, mais pouvoir voir cette société parallèle jouir de telles libertés au beau milieu de l’une des plus strictes dictatures au monde, est une opportunité incontournable ! Nous passons une journée complètement à part. C’est plus qu’une bouffée d’air, c’est un voyage dans le temps. Nous avons même la chance de voir ce fameux mont Damavand qui a un curieux air de famille avec le mont Fuji au Japon.

Le retour en minibus vers Téhéran est encore plus délirant que l’aller. Tout le monde frappe dans ses mains et chante sur le rythme techno de la musique, filles et garçon sont assis les uns à coté des autres, chose interdite, certains voiles tombent même.
Il faut le vivre !
Nous restons cependant plein d’interrogations. Comment est-ce possible ? C’est comme si le régime fermait les yeux sur les distractions des classes les plus hautes de la société, autrement dit les plus influentes.

Nous finissons ce périple avec quelques courbatures aux cuisses. Nous visitons quelques musées dans Téhéran avant de préparer notre départ pour la France.

Pour finir nous réussirons tout de même à fixer un rendez-vous avec un chauffeur de taxi de l’aéroport à notre hôtel par téléphone et en persan, phrasebook à la main… satisfaction non négligeable.
Florent reste à l’hôtel avec pour programme : obtenir un passeport syrien et rejoindre l’est de la Turquie en train.
Nous partons sereins laissant notre touriste préféré poursuivre son aventure les pieds sur terre.


Gildas